Nous revenons sur cette fameuse étude orchestrée par Tetra Pak et dont le contenu est pour le moins « miraculeux » : comment en effet, faire passer le message écologique quand on est difficilement recyclable avec la technique ? Une solution : l'étude validée par des experts ... Le problème de ces experts, est qu'il n'ont apparemment pas rencontré de recycleurs, lesquels se disent bien volontiers enquiquinés avec ces emballages qui ne cassent pas des briques...
Aucun doute sur la praticité des emballages en carton pour liquides alimentaires : Tétra Pak et ses confrères sont les rois. La brique est légère, maintient le produit à l'abri de la lumière, assure la promotion du contenu par ses 4 faces planes ; elle est relativement peu coûteuse à la fabrication et se révèle facile à transporter.
Point d'ambiguïté à ce propos.
La brique : le poids mort de la collecte sélective
En revanche, lorsqu'on invite la presse à écouter un discours selon lequel la brique (emballage complexe, puisque multicouches) est plus écologique que des emballages mono matériau comme le verre ou les plastiques, on entre dans le déraisonnable (voir : Emballages, la vérité (!?) si j'mens).
Afin de nous assurer de la recyclabilité du produit (fondamentalement importante dans une analyse complète du cycle de vie), un sujet fort peu abordé dans l'étude en question, nous avons interrogé des professionnels qui ont soulevé deux sortes de gros problèmes :
La séparation de ces briques d'avec les autres emballages
La commercialisation de ces produits aux fins de recyclage
Que ce soient les collectivités ou les professionnels du recyclage qui récoltent le fruit de la collecte sélective des emballages ménagers, on commence par trier ces emballages en deux catégories : corps creux d'un côté (ELA, PEHD, PET), corps plats de l'autre (journaux magasines et autres cartonnettes).
Facile.
Sauf que la brique, corps creux par excellence, est raplapla à l'issue du bourrage dans la poubelle jaune et du transport jusqu'au centre de tri.
Alors alors me direz-vous ...
Que se passe-t-il donc ?
Simple : la brique aplatie est assimilable à des journaux magasines et autres cartonnettes. Elle pollue ainsi le papier carton, et ce parce qu'elle est composée (aussi) de métal et de plastique.
Les gestionnaires de centres de tri n'étant pas idiots, ils ont tenté le courant de Foucault. Une technologie tout à fait efficace de tri automatique pour prélever l'aluminium (canettes).
Mais la encore, c'est la tuile : la brique se pose là, encore et encore... Sa partie alu fait des misères à la qualité du tri des canettes. La machine, toute sophistiquée qu'elle est, ne fait pas le distinguo ELA, canette : ce qui en sort est donc hétérogène et non commercialisable sans sur-tri.
Et vous connaissez le dicton : qui dit « sur tri » dit « pas le même prix »
Trêve de plaisanterie...
In fine, quel que soit le mode opératoire, la brique fait barrage au bon fonctionnement du recyclage tant il est vrai qu'on peut la retrouver partout où elle est indésirable...
En clair, elle coûte bonbon...
Pour les raisons indiquées, on comprend bien que l'ELA ne puisse quitter son statut de déchet pour prendre celui de matière première recyclable (et donc commercialisable)... ce qui n'est pas pour plaire aux professionnels de la préparation de la matière qui commercialisent les produits issus du tri et rentabilisent ainsi leurs investissements en technologies parfois très sophistiquées.
Aujourd'hui, ce matériau est repris à 0 € aux collectivités (prix départ)... Il s'agit là d'un prix minimum imposé par Eco-Emballages, alors même que les frais de transport vers le site de recyclage ne sont pas en option, nous expliquent des professionnels interrogés sur ce point : « le produit nous coûte en moyenne 20 à 45 euros la tonne rendue chez le recycleur final »...
C'est vrai que les briques sont constituées pour l'essentiel de fibres vierges et de bonne qualité
C'est vrai aussi que des fibres longues sont toujours intéressantes pour les papetiers
Vrai encore qu'Eco-Emballages (qui sait ce qu'il dit), nous a expliqué il y a deux ans environ que le prix de la matière récupérée ne couvre pas le prix du retraitement des déchets...
Vrai également qu'il nous a été dit que des capacités de recyclage ouvriraient leurs portes prochainement en Europe et que la problématique est strictement économique : le rendement des ELA, c'est 50% de fibres (seulement ; la séparation de ces fibres d'avec le plastique et l'alu coûte cher, trop cher par rapport à la valeur de la matière)...
Bref : en l'état, ne subsistent que deux unités alors qu'elles étaient cinq il n'y a pas si longtemps. Alors économique ce recyclage???
Et puis et puis, il y a les professionnels des matériaux attaqués...
Et ils ne sont pas contents du tout!!! Interrogé, Michel Gardes, président de la Chambre syndicale des verreries mécaniques de France exige un peu plus de clarté de la part du fabricant Tétra Pak. Rendre publique une étude sous un intitulé péremptoire "La vérité sur l'impact environnemental des emballages", laisse entendre que d'aucuns ont caché des choses par le passé. Et que, par voie de conséquence, heureusement que Tétra est là...
Oui mais voilà...
« Notons que cette étude se concentre sur deux marchés seulement,le lait et les jus de fruit ,et ne concerne pas la totalité des emballages ,puisqu' il s'agit d'une Analyse de Cycle de Vie comparant les briques alimentaires, les bouteilles plastique et les bouteilles verre, menée par un cabinet d'expertise spécialisé " bio intelligence service ". Selon le document de Tetra Pak cette étude a été validée par un " comité de revue critique " composés d'experts.
Les conclusions présentées sont favorables à la brique, et l'éco-consommateur est incité sans ambage, sous peine d'être un citoyen irresponsable, à acheter exclusivement des produits en brique, pour le plus grand bien de la planète. Tetra Pak ne s'arrête pas en si bon chemin et se livre à une attaque en règle du verre, se livrant à une surenchère verbale pour le matériau, taxé dans cette étude d'être un " fardeau écologique ".
Justifier de sa supériorité est chose facile quand on ne livre qu'une partie de ses résultats ! La communication de Tetra Pak occulte soigneusement les données relatives à la dimension multimatériaux de la brique, à la complexité de son recyclage et au coût de ce recyclage. C'est, bien sûr, sur ce terrain - le vrai recyclage est incontestablement un point fort majeur pour le verre - que la déstabilisation est tentée.
Nous venons tous de nous asseoir à la table du Grenelle. Il serait dès lors préférable de montrer aux consommateurs le caractère responsable des industriels de l'emballage.
Remarquons au passage qu'une ACV ne saurait prétendre exprimer une "vérité" absolue, comme Tetra Pak tente de le démontrer. Cette méthodologie donne des repères, mais n'a pas vocation à être un outil de décision, la plupart des experts s'accordent aujourd'hui sur ce point ».
Dans ces conditions la CSVMF qui représente les verriers a fait une demande officielle auprès de Tetra Pak pour avoir accès à l'intégralité de l'ACV .
Serait-ce une offensive destinée à masquer les points faibles de la brique ?
« Nous sommes entrés dans la période post Grenelle, le temps de l'action est venu, poursuit le président Michel Gardes.
Si certains veulent se contenter de communiquer et de critiquer, cela ne doit pas occulter les bénéfices des actions environnementales des autres comme le recyclage du verre. Le verre a été désigné par les Français comme leur matériau préféré*, recyclable à 100 % et indéfiniment, champion toutes catégories de la collecte pour recyclage grâce au Geste Verre. Le verre possède des qualités alimentaires indiscutables, bien identifiées par les consommateurs qui apprécient sa neutralité. La brique, multi-matériaux et multicouche, est constituée de carton -comme le met en avant l'étude-, mais également d'aluminium et de plastique polyéthylène qui rendent plus difficile son recyclage. Gageons que les industriels de l'agroalimentaire et les consommateurs sauront apprécier à leur juste valeur les différentes caractéristiques des emballages
Grâce à l'efficacité de sa filière recyclage, les verriers, un jour, pourraient se passer entièrement de prélèvement de nouvelles matières premières. En plus, produire du verre à partir de verre recyclé, permet aujourd'hui d'économiser de l'énergie et de limiter les émissions de CO2. Le geste verre est donc un geste citoyen et éco responsable.
Chaque matériau a ses points forts, profitons du Grenelle pour travailler et progresser, au lieu de désigner les coupables dès le lendemain !».
___________
* Etude Research International 2007
Source : Dechetcom /Auteur : Sylvia BARON / Date : 29.04.2008
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